23 avr. 2018

HALTE AUX MBA, VIVE LES MBU !

L'art du management est-il d'administrer ou de comprendre ?
Dans le nirvana des diplômes internationaux, les MBA, ces "Master of Business Administration", planent au-dessus du lot. Ils sont devenus la référence absolue, une sorte de Saint Graal pour tout cadre voulant passer à la catégorie dirigeant.
Sans entrer dans l'analyse du contenu de ces MBA, ni vouloir remettre en cause la pertinence de ces formations, je trouve très symptomatique cette appellation « Administration ».
Entendue depuis le sens du mot en français, elle renvoie à des références pour le moins surprenantes : est-ce à dire que le management moderne cherche ses références dans l'Administration ? Ou alors que l'art du management est celui d'administrer des médicaments ou des suppositoires ?

Entendue depuis le sens du mot en anglais, elle renvoie à la gestion de ce qui existe : diriger serait alors celui de simplement gérer au mieux, le bon manager étant un bon administrateur ? Cela suppose-t-il que l'entreprise doit être mathématisée pour pouvoir être comptée et additionnée ?
Je sais bien sûr que les MBA ne tombent pas dans ces caricatures, mais il n'est pas innocent d'avoir choisi ce nom. Ne serait-il pas préférable de les appeler des MBU, « Master of Business Understanding » ?
Car, dans ce monde de l'incertitude et de la complexité, être un bon dirigeant, c'est sentir les mers qui attirent les évolutions, imaginer les chemins pouvant réunir le présent et ce futur, trier parmi les activités actuelles celles qui concourent à se rapprocher de cette mer, développer une culture alliant confiance et confrontation, permettre à l'entreprise de décider et évoluer efficacement…
Réussir repose alors d'abord sur la capacité à comprendre en profondeur, et bien peu sur celle d'administrer…

19 avr. 2018

LES CONSTANTES CACHÉES DE NOTRE MONDE

Derrière le chaos du monde... 
Essayez d’imaginer le monde sans nombres. Difficile non ? Nous avons grandi avec eux, et dès le plus jeune âge, avons appris à compter.
Pourtant, ce simple mécanisme n’est pas si naturel que cela. Compter suppose de distinguer, c’est-à-dire de séparer. Percevoir les différences entre eux et identifier chaque objet en tant que tel. Mais compter suppose aussi de réunir : dénombrer, c’est définir que des objets appartiennent à une même catégorie, distincte du reste. Distinguer et réunir.
Par exemple, pour pouvoir dire qu’il y a 4 stylos sur mon bureau, il faut que je définisse le sens de la catégorie « stylo » de façon suffisamment précise pour que seuls ces 4 objets en fassent partie, mais aussi suffisamment floue pour que les 4 en fassent bien partie.
En effet, aucun stylo – comme aucun objet réel – n’est vraiment semblable à un autre, et, pour les compter « ensemble », il faut que les avoir considérés comme semblables1. Mais sur quelle base ? J’ai besoin d’avoir déterminé un objet théorique et fictif, « le stylo », auquel je vais comparer chacun des objets face à moi pour savoir lesquels sont des stylos. Ceci facilement, de façon certaine et exclusive. Savoir ce qui est un « stylo » et ce qui ne l’est pas.
On peut donc parler d’un processus de normalisation : je définis une norme « stylo » qui va définir ce qui est et ce qui n’est pas « stylo ». Alors et alors seulement, je pourrai répondre à la question : « Combien y a-t-il de stylos sur la table ? ».
Ainsi toute manipulation de chiffres et tout dénombrement supposent une normalisation implicite et préalable, un passage du monde réel à un monde limite et théorique où des représentations sont à la fois distinguées et confondues.
Ceci repose sur des conventions que nous avons apprises dans notre enfance. Inutile d’être capable de théoriser là-dessus – et heureusement ! – pour les appliquer.
Mais sans nous en rendre compte, dès que nous comptons, nous quittons le réel pour rejoindre un univers fait de codes et de normes.
Au-delà de ces nombres simples et directement accessibles par l’observation, existent des nombres cachés qui sous-tendent le fonctionnement de notre monde.
Le plus célèbre et connu de tous est le nombre π. Sa valeur – 3,141 592 653… – n’est pas directement accessible au quotidien, mais elle est inscrite à l’intérieur la géométrie : elle est le rapport entre la circonférence d’une cercle et son diamètre. Pour l’appréhender, il faut à nouveau passer par un processus de normalisation, c’est-à-dire de définition de deux objets théoriques, le « cercle » et le « diamètre ». Dans la réalité, je ne trouve jamais de cercle « parfait », ni de diamètre « exact ».
Autre nombre clé : e. Celui-là est moins connu, car il n’apparait que quand on se lance dans le calcul intégral ou dans les limites. Il est pourtant nécessaire à tout calcul physique, même simple. Sa valeur – 2,718 281 828… – est une autre constante cachée de notre monde. Pour la trouver, je dois passer par une limite – soit celle d’une série infinie, soit celle d’une intégrale –. Qui dit limite dit encore processus de normalisation.
Notre monde physique est ainsi structuré autour de ces constantes : π et e en sont les gardiens des lois.
Récemment, dans les années quatre-vingt, la théorie du chaos nous a fait découvrir d’autres constantes cachées. A l‘intérieur des fractales, ces structures autosimilaires, c’est-à-dire au sein desquelles je peux zoomer à l’infini tout en retrouvant sans fin la même organisation, émergent deux nouveaux passagers clandestins : 4,669 201 609 et 2,502 907 875.
Chacune de ces constantes structure des relations et organise des passages : entre le cercle et la droite, entre une série et sa limite, entre les arborescences successives d’un tourbillon chaotique.
Un jour, il y a longtemps, très longtemps même, de la matière inerte régie par ces lois, a émergé la vie. Elle aussi est dotée en son sein d’un code qui permet à une seule cellule de détenir toutes les informations nécessaires à la vie. Le vivant est lui-même autosimilaire : le tout est dans la partie. Ce code caché au plus profond de la cellule, c’est l’ADN.
Étonnante résonance entre tous ces codes cachés et les normalisations effectuées par notre intelligence…


(1) Dans la nouvelle « Funes ou la mémoire » de Borges, Funes a une mémoire absolue et parfaite. Aussi est-il incapable de toute généralisation, et par exemple de comprendre le sens du mot « chien », car pour lui, ils sont trop dissemblables. Bien plus, pour lui, le chien qui est devant lui maintenant est différent du « même » chien vu cinq minutes plus tôt. Aussi comment pourrait-il compter ?

16 avr. 2018

RAISON D’ÊTRE OU PAS, THIS IS THE QUESTION !

Qu’est-ce qu’une entreprise ?
Faut-il, oui ou non, permettre d’inclure la « Raison d’être » de l’entreprise dans son objet social ? Tel est le débat qui s’est instauré entre le Gouvernement et le Medef lors de la modification du Code Civil. Réactualisation du célèbre : « To be or not to be ».
Un débat technique dont les enjeux sont réels. Mais avant de s’y engager, ne devrait-on pas commencer par réfléchir sur le sens même de la « Raison d’être » ?
Car de la même façon que l’ « homo economicus » abstrait et théorique n’existe que dans les traités d’économie1, que la dichotomie entre celle ou celui qui travaille et celle ou celui qui aime, embrasse et chérit, est fictive et dangereuse, l’entreprise n’est pas d’abord un être juridique théorique, un contrat scellé devant avocat et notaire. 
Non, elle est avant tout un être vivant, le fruit de son histoire et de ceux qui lui ont permis de naître, de survivre et de grandir.
Des femmes et des hommes qui ont décidé de la créer. En apportant des idées, de l’argent et du temps. Pour qu’elle sorte du néant. Pour que naisse un nouvel être économique et social.
Des femmes et des hommes qui l’ont rejoint pour lui permettre de se développer. En apportant plus d’énergie, plus de moyens, de nouvelles idées, de nouveaux territoires. Pour que, tel un fleuve, elle grandisse et se renforce.
Des femmes et des hommes qui l’ont entouré, combattu ou protégé car aucune entreprise n’existe coupée du reste du monde. En achetant ses produits ou ses services, ce qui lui a permis de grandir. En la concurrençant, ce qui l’a obligé à se renforcer. En créant le cadre légal et institutionnel qui structure son action et son rapport aux autres.
Des femmes et des femmes qui composent son conseil d’administration, son conseil de surveillance, son équipe de direction. Tous ensemble, ils ont la charge de prendre les décisions qui assurent la vie de cet être complexe. Pour lui permettre de faire face à des imprévus. Pour garder le cap fixé. Pour avancer toujours et encore.
Aussi si l’entreprise n’est pas une fiction juridique née dans le recoin obscur d’un bureau, il est non seulement normal, mais nécessaire qu’elle soit pourvue d’une « Raison d’être ». D’ailleurs elle en a déjà une. Souvent non explicitée. Sinon elle serait morte depuis longtemps. 
Sans « Raison d’être », comment tout un chacune ou chacun voudrait se lever pour la défendre ? Sans « Raison d’être », où seraient tous ceux qui lui ont permis de vivre ? Partis depuis longtemps. L’entreprise se serait désagrégée.
Mais suffit-il de parler de « Raison d’être », ou de l’écrire dans un projet d’entreprise, voire comme le Gouvernement le propose dans son objet social pour que tout soit réglé ? Pas vraiment. Nous avons un peu tendance dans notre cher pays à croire que dire ou écrire suffit : je pense donc je suis, et l’intendance suivra ! Mais, elle ne suit pas toujours. Napoléon aurait été bien seul sur le pont d’Arcole sans son armée…
Aussi, deux questions nous semblent-elles essentielles : comment définir une « Raison d’être » ? Qui va l’incarner ?
Commençons par la seconde, car sans incarnation, il sera difficile de la définir, et elle ne sera qu’une fiction. Quelques lignes sur un accord signé. Rien d’important
Donc oui, une « Raison d’être » doit être incarnée, c’est-à-dire être portée, expliquée, adaptée si nécessaire. Elle doit irriguer en profondeur l’entreprise. Être son ADN. 
Est-ce que cela peut-être le rôle du conseil d’administration ? Pas vraiment. Il est trop loin. Trop rare. Trop à juste titre distant, pour cela.
Est-ce que cela peut être loin de lui ? Pas vraiment non plus. Car si la « Raison d’être » est l’ADN de l’entreprise, le conseil d’administration est directement concerné.
Alors ?
Alors, le Conseil a un Président qui, lui, est au contact direct et permanent de l’entreprise. Pourquoi donc ne pas demander au Président d’incarner la « Raison d’être » ? Et si les fonctions de Président et Directeur Général sont dissociées, pourquoi ne pas confier cela à ce tandem ? Logique puisqu’il(s) sont les dirigeants de l’entreprise.
A eux de donner un sens, un but dans l’entreprise. Ce que nous proposons d’appeler une identité unique et opposable.
A eux d’être dans le quotidien, ceux qui vont s’assurer que la « Raison d’être » n’est pas trahie, mais au contraire comprise, enrichie, développée.
A eux, s’ils ne sont pas les fondateurs de l’entreprise, de s’assurer qu’elle est toujours là. 
A eux, d’être les gardiens et les porteurs de l’ADN.
Reste la plus difficile des deux questions, la première : comment définir une « Raison d’être » ?
Commençons par dire ce qu’elle ne doit pas être : une « Raison d’être » n’est pas ce que l’on veut atteindre. Là ce sont des objectifs. A court, moyen ou long terme. Ils sont évidemment essentiels, mais ils portent sur le quoi et le comment, pas le pourquoi.
Car la « Raison d’être » a elle à voir avec le « Pourquoi ». Il s’agit de répondre à des questions comme : « Qui est elle ? Quelle est son identité, son "Je" ? », « Quelle valeur durable apporte-t-elle aux autres ? A ses clients, ses partenaires, la société ? », « Que représente-t-elle pour ceux qui la composent et y travaillent ? Pourquoi sont-ils là ? Que font-ils ensemble ? »
Questions d’existence donc. 
Beaucoup plus difficiles d’y répondre que celles qui ont trait au quoi et au comment. D’ailleurs, nombre de dirigeants répondent à la question sur le « Pourquoi », par une réponse sur le « Quoi »… Et tel est bien souvent le problème : échapper à la question du pourquoi revient à s’interdire à trouver la « Raison d’être » de l’entreprise, son ADN.
Cela suppose un talent différent. Pas celui du gestionnaire, du financier. Un talent que l’on développe malheureusement rarement dans les écoles de management.
Non, pour définir une raison d’être, il faut des dirigeants visionnaires, architectes, communicants, innovateurs, assumant leur part émotionnelle et leurs intuitions.
Et si le vrai enjeu était là ? Dans cette capacité du dirigeant à définir la « Raison d’être » pour ensuite l’incarner. Bien plus que dans le débat de savoir si, oui ou non, elle doit faire partie de l’objet social de l’entreprise.

Article écrit avec Florence Cathala (Présidente et fondatrice d’Overthemoonpublié dans le Cercle Les Échos
(1) Voir la distinction faite par Daniel Kahneman entre les « Humans » et les « Econs »

5 avr. 2018

LES CONSTRUCTEURS DISPARUS

Extrait de mon livre « Coming in » : Le jardin zen de Hampi
"Hampi. Un jardin zen surnaturel et surdimensionné, où des rochers, empilés les uns sur les autres, défient les lois de la gravité. Un paysage sculpté avec parcimonie. De l’ocre, quelques touffes vertes, un ciel azuréen, et, surgissant aléatoirement dans cet univers massivement minéral, des temples. Des colonnades répondent en écho à des rocs dans un immense labyrinthe désertique avec une rivière pour seul point de repère.
Le nombre des monuments semblait illimité. Comme l’horizon, le terme des constructions était sans cesse repoussé. Mes pas épuiseraient-ils cette réserve apparemment infinie ? A chaque fois que je croyais en avoir terminé, un nouveau portique dépassait, un escalier sculpté dans la roche poussait à l’escalade, ou une esquisse de ponton s’avançait dans l’eau.
Je regardais perplexe les masses rocailleuses qui jalonnaient les environs. Tout autour de moi, elles trônaient sans ordre, posées de ci de là par un architecte inconnu. Mystère de leur origine. Aucune montagne à proximité dont elles auraient pu s’être détachées. Comme des plantes, avaient-elles poussé et émergé depuis le sol ? Jouant avec cette idée, je les vis grandir petit à petit. Une pointe à peine perceptible, puis un caillou qui finit en roche imposante. Comme les champignons de l’Étoile mystérieuse de Tintin. 
A Angkor, des temples sont envahis par des arbres dont les racines gigantesques s’entremêlent aux murs et aux statues. Tout le monde croît que la végétation est en train de les détruire. Ils imaginent les temples sans les arbres, propres, droits et nets. Mais pourquoi les temples existeraient-ils sans eux ? Non, les arbres ne les mangent pas, ils les érigent, ils les construisent.
Je les sens fouiller les tréfonds du sol pour en extraire la bonne pierre. J’observe leurs racines l’enserrer pour la polir, l’amener à prendre la forme exacte qui s’emboîtera sur ce qui a déjà été bâti. Je les accompagne quand ils la tirent doucement jusqu’à la surface. Je regarde leurs branches prendre ensuite le relais, et la hisser jusqu’à la bonne place, celle qui lui a été réservée, celle pour laquelle elle a été taillée. 
Les temples ne sont pas détruits par les arbres. Ils sont leurs créations. Grâce à eux, ils naissent et poussent. Le végétal au secours des hommes. Arbres et temples vivent en symbiose. Un écosystème dual. Une famille.
C’est aussi le cas à Hampi : les pierres n’attendent qu’à être saisies et taillées pour compléter ce qui est déjà en place. La brutalité du paysage est un chantier en plein air, une zone de stockage démesurée dans laquelle il faut piocher la bonne ressource. Ce n’est pas la projection d’un passé en cours d’érosion, mais un futur à élaborer. Un manuscrit minéral, un roman statuaire en cours d’écriture.
(…) 
Je rêve de créatures gigantesques qui se sont jouées de la pesanteur des roches. Pour elles, ce ne sont que des fétus de paille, et leur souffle les a faites rouler. Ces géants sillonnent la Terre à la recherche de tâches à la hauteur de leur pouvoir : ils ont dressé les statues de l’Île de Pâques, aidé à la construction des pyramides, et, après une pause au Japon pour s’initier à l’art du zen, mis en œuvre à Hampi leurs nouvelles connaissances en dessinant le plus grand jardin du monde. Où sont-ils maintenant, et quel sera leur prochain travail herculéen ? "

1 avr. 2018

Sans comprendre
Vivre sans pourquoi
Aimer ce qui m’entoure, 
L’arbre qui grandit, 
La peau qui m’accompagne.
Les effleurer, les embrasser.
Pleurer ce qui est parti,
L’amant qui s’est enfui,
Le temps qui est passé.
Les regretter, les rêver.
Habiter le monde tel qu’il est, 
Le vivre au présent, 
Sentir que j’existe,
Que le rien ne peut se trouver d’être.
Et ne pas savoir, 
Ne pas chercher,
Le pourquoi de ce quelque chose
Que je suis.

30 mars 2018

« DESTROY MY OWN STRATEGY »

S’inspirer du jeu de go pour tester la résilience d’une stratégie possible

Que va-t-il se passer si survient un cygne noir, une rupture majeure improbable ? Quelles seront les conséquences ? La stratégie retenue va-t-elle voler en éclat ?
A la fin des années 90, inquiet de la montée en puissance d’Internet et de toutes les dot.com, Jack Welch, alors Président-Directeur Général de General Electric, avait lancé une grande action appelée « Destroy your own business ». Il s’agissait pour chaque manager de concevoir comment, grâce à Internet, il pouvait mettre en péril le business existant dont il avait la charge. Ceci avait pour but de tester la solidité de la stratégie actuelle de General Electric, et aussi d’identifier de nouvelles opportunités.
Il faut faire de même : jouez donc à « Destroy my own strategy » et testez sa résilience.
Pour cela, un des moyens est de s’inspirer du jeu de go, et de compter ses degrés de liberté. Qu’est-ce à dire ?
Quand on joue au go, un des moyens d’évaluer la vulnérabilité d’une position, est d’observer l’évolution de ses degrés de liberté : est-ce que les pions posés par l’adversaire amènent une diminution immédiate ou potentielle des degrés de liberté ? Puis-je en réunissant des groupes disjoints construire un nouveau groupe élargi moins vulnérable ? Est-ce qu’en étendant avec un pion de plus un groupe, j’accrois ou diminue mes degrés de liberté ? Est-ce qu’en m’étendant dans cette direction, je me dirige vers une zone déjà occupée par un ou plusieurs pions adverses, pions qui y limiteront d’autant mes degrés de liberté ? Ou, à l’inverse, vais-je me rapprocher de pions sur lesquels je pourrai prendre appui et tout réunir ?
C’est aussi une clé de lecture pertinente pour évaluer la vulnérabilité d’une stratégie et sa capacité à faire face à des événements imprévus :
- Est-ce que cette stratégie est un bloc cohérent et unique ? Ou est-elle composée de sous-ensembles autonomes ? Peuvent-ils être désagrégés ? Peuvent-ils être réunis ?
- Tout au long des chemins envisagés, y a-t-il des composantes plus vulnérables ? Est-ce que l’entreprise pourra prendre appui sur des forces existantes ? Ou à l’inverse des concurrents ont-ils déjà des points d’appui dans ces zones ?
- Pour chaque sous-ensemble, de combien de degrés de liberté dispose-t-il, c’est-à-dire en combien de coups peut-il être mis à mal ? Y a-t-il des modifications qui diminueraient sensiblement le nombre de degrés de liberté ?
- Compte tenu des positions actuelles des concurrents, quels sont les développements les plus dangereux qu’ils sont susceptibles de faire ? En quoi, viendraient-ils diminuer les marges de manœuvre de l’entreprise ?
- 
Cette approche va permettre d’évaluer la capacité de la stratégie envisagée à résister aux aléas du parcours : plus le nombre de degrés de liberté sera grand, meilleure sera la résilience.


17 mars 2018

PEUR D’ÊTRE ABANDONNÉ

Extrait de mon livre « Coming in » : tenir une main
"Pour la troisième fois, je finis ma promenade par le Maïdan, la version locale de Central Park située au cœur de Calcutta et à proximité de mon hôtel. Sur un côté, des chevaux paissaient tranquillement ; plus loin, en retrait un club de polo ; à gauche, des adolescents assis au bord d’un bassin en pierre ; tout au bout, la Reine Victoria boudeuse et hautaine.
Je choisis de m’écarter de la partie centrale, et m’engageai dans un chemin de terre serpentant entre des bosquets. Là, tapie dans l’ombre, à moitié cachée par une branche qui s’inclinait sur elle, dormait une poupée de chiffon. Innocente, érodée par les pluies qu’elle avait endurées, elle gisait. A qui avait-t-elle appartenu ? Où était l’enfant qui l’avait perdue ? 
Je me sentis envahi par un flot d’émotions, comme si je venais de retrouver mon doudou perdu. Machinalement, ma main se porta à ma bouche, et je dus me retenir de sucer mon pouce. Besoin de la prendre dans mes bras.
Je me laissai glisser sur le sol juste à côté d’elle, et posai ma main délicatement sur elle. Attention à ne pas appuyer. Le coton était tellement usé que mes doigts passeraient au travers. Presque transparent. Sous ce voile, elle était nue. Si douce, si fragile. 
Je la pris, la déposai sur mes genoux et m’appuyai contre le tronc de l’arbre voisin. L’endroit était calme et paisible, suffisamment reculé pour que les passants ne s’y aventurassent pas. C’était sans doute pour cela que la poupée était encore là. J’étais en dehors du monde. Juste avec elle.
Je la caressai lentement, et fermai les yeux. 
Je sens la chaleur de la main de ma mère et la peur de la perdre. Je sais pourtant que cela va se produire. De rage, mes pleurs redoublent. (…)
Je hais ce monde et le rejette : à quoi bon le connaître si c’est au prix de ta perte. En toi, tu ne pouvais pas m’échapper. Quoi que je fisse, tu ne me rejetais pas. Quoi que tu fisses, tu m’emportais. Nous n’étions qu’un. 
Ma naissance a été le début de mon délaissement. Maman, m’as-tu fait naître pour pouvoir m’abandonner ? As-tu accouché pour me quitter ? As-tu voulu te débarrasser de moi ? Était-ce une étape nécessaire pour vivre sans moi ? (…)
En rouvrant les yeux, je savais que cette scène était imaginaire et reconstruite à partir de ce que mes parents et mes sœurs m’avaient raconté. Je ne m’en souvenais pas. Je ne me souvenais de rien. Une page blanche. Oui, tout petit, je ne supportais pas de lâcher la main de ma mère, aucune raison de mettre en doute les récits de ma famille. Mais rien de présent dans ma mémoire.
Non, la main dont je me souvenais, celle que j’avais perdue pour toujours, beaucoup plus tard mais trop tôt, trop brutalement, c’en était une autre : celle de Jacques. Jacques, mon neveu, qui avait grandi à mes côtés. Jacques qui était mort à quatre ans, quand moi je n’en avais que quinze.
Assis à même le sol dans le parc Maïdan, seul avec une poupée abandonnée, je pleurai. Longuement…"

10 mars 2018

OÙ SONT LES CLÉS ?

Extrait de mon livre « Coming in » : puzzle
"Jusqu’à présent, je m’étais contenté de vivre sans réfléchir, sans me retourner en arrière. Toujours dans l’action. Juste dans le flux. Comme un requin, par peur de manquer d’oxygène, je ne m’étais pas arrêté. Surtout pas. Courir, courir encore et encore. Un homme pressé.
Un souvenir ponctuel justement, celui de la scène où, dans le film "L’homme pressé", Alain Delon décidait d’acheter séance tenante une maison en exigeant de ses occupants de la quitter immédiatement. Je me rappelais avoir alors pensé : « Je pourrais faire pareil ». La même folie et le même mépris des autres. Était-ce moi cet homme pressé ?
Sur le balcon, face au Gange, à sa lenteur tranquille, à l’évidence de son flux, je voyais que mon passé m’avait échappé. M’échappait. Or comment faire mon coming in sans le fil d’Ariane de ma vie ?
Oui, le défi était là : arriver à retrouver en moi la clé ou les clés. Elle ou elles devaient être quelque part. Oubliées. J’étais la résultante de ce que j’avais vécu. Je devais l’être. Il le fallait.
Comme les personnages de la nouvelle de Jorge Luis Borges, je circulais sans fin dans ma bibliothèque de Babylone. J’errais dans les alvéoles, ouvrais au hasard un ouvrage, et désespérais d’y trouver une phrase qui aurait un sens. Quelque part, il y avait la réponse à mes questions. Où ? A chaque fois, ce n’était qu’une succession de lettres dénuée de sens. L’arrangement avait été élaboré par un démiurge malintentionné. Mais mon obstination et ma détermination ne fléchissaient pas.
Chacun des événements que j’avais vécus, chacune des émotions que j’avais ressenties avaient été décomposés. Devant moi, je n’avais qu’une myriade de particules disséminées dans le réseau quasi infini de mes neurones. Là un son, ici une couleur, plus loin une image, devant une odeur, derrière une sensation.
Comment trier ? Quoi avec quoi ? Quelle pièce pourrait s’emboiter avec celle-ci ?"

7 mars 2018

POURQUOI LE MOUSTIQUE PIQUE-T-IL ?

Ainsi va l'évolution...
Maudit moustique. Ma nuit n’est qu’un long chapelet de batailles inutiles. Ma main maladroite et endormie essaie en vain de mettre un terme à la vie de cet insecte. 
Au matin, le nombre des boutons rouges dresse le score du match lamentablement perdu : 4-0. Pas brillant… 
Mais, au fait, pourquoi le moustique nous pique-t-il ? Vous êtes-vous déjà posé la question ? Non ? Moi, si. J’ai voulu savoir pour quelle raison ce petit avorton vient régulièrement perturber mon sommeil. Sans parler de toutes les maladies qu’il propage joyeusement tout autour du monde.
Est-il le fruit de la création divine ? Un peu d’enfer offert gracieusement et gratuitement ? Un apéritif de ce qui attendra bon nombre d’entre nous ?
Ou plus prosaïquement le fruit logique de l’évolution ? L’expression d’une volonté ? 
Pas vraiment. Plutôt le jeu de l’amour et du hasard. Une rencontre fortuite.
Voilà l’histoire…
Il y a longtemps, très longtemps, un lointain ancêtre du moustique a développé un appendice pour aspirer un liquide, par exemple de l'eau. Une sorte de pipette. Pratique pour boire rapidement. Et donc accroître les chances de survie. 
Un jour, l'un d'eux s'est posé sur la peau d’un animal quelconque – une femme ou un homme si cela vous fait plaisir –, et peut-être par fatigue, a appuyé sa tête. Alors l'appendice a pénétré la peau. Là, il a trouvé un liquide riche et nourrissant : du sang. Super bon, a-t-il pensé ! Du coup, non seulement il est revenu, mais il en a parlé à ses congénères. Rapidement ils en sont tous devenus accros. Des junkies du sang.
Et voilà, comment cette espèce est devenue une sorte de vampire nocturne : par le hasard de la rencontre d'un appendice créé pour aspirer un liquide et d'une peau perméable pour assurer la respiration.
Cette rencontre fortuite a modifié le cours des espèces : le moustique a prospéré, la malaria a pu se propager, et nos nuits être chroniquement pourries.

Ainsi va la vie. Elle avance, cahin-caha, sans raison, sautant de possible en possible au hasard des rencontres...

3 mars 2018

COMING OUT OU COMING IN ?

Extrait de mon livre « Coming in » : in et pas out
"Souvent à la radio, à la télévision ou dans la presse, on entend parler de « coming out ». Untel ou unetelle ont fait son coming out. Ou encore ont été « outés ». Rien de plus stupide que cette expression. 
Comme si l’homosexualité est une variété de furoncle qu’il faut percer pour que son pus jaillisse en plein jour : « Purgez donc cette vilaine boursouflure, et tout ira bien ensuite, vous verrez ! » 
Comme si une part essentielle de notre personnalité peut sortir sans dommage collatéral. (…)
Je n’avais honte ni de qui j’étais, ni de ce que j’avais fait. Ce n’était pas la question. Si certains étaient gênés de me savoir homosexuel, autant cesser tout de suite de les voir ! L’homosexualité n’est pas une maladie, a fortiori contagieuse. Non, je n’avais pas peur de cela. 
Dans l’expression « coming out », il y a surtout implicitement l’idée d’une destruction, d’une implosion sentimentale. C’était précisément ce que je vivais actuellement : à force de trop de coming out, je me désintégrais. Je brûlais. Chaque morceau de mon identité s’écartait des autres, chaque parcelle de mon « Je » suivait sa propre trajectoire. Divergente. Toutes divergentes. (…)
Non, le coming out n’est pas la solution, mais le problème. Il me fallait arrêter mon coming out, arrêter mon implosion. Tant qu’il en était encore temps. (…)
Continuer mon coming out, ce serait l’échec assuré. Mon autodestruction. Au mieux, le rejet par tous ceux qui m’avaient connu autre : pourquoi accepteraient-ils de me découvrir différent ? Au pire, la rupture par fragmentation. Désintégration. (…)
J’avais besoin de l’inverse. D’un coming in. 
Pour pouvoir décider ce que je voulais faire, et le décider pour moi ainsi que Marc me l’avait dit, il me fallait réparer ma fracture. De l’intérieur, et non pas de l’extérieur. In et non pas out. Prendre le temps de plonger en moi. 
Pour comprendre comment et pourquoi j’étais passé à côté de moi-même. Comment et pourquoi j’avais élaboré une identité fictionnelle et artificielle. Comment et pourquoi celle-ci n’était pas seulement « fictionnelle et artificielle », mais représentative de qui j’étais. Comment et pourquoi mes deux parties – mon identité apparente et celui que j’avais pris l’habitude d’appeler « mon Alien » – étaient indissociables et constituaient ensemble mon identité réelle. Comment et pourquoi l’Alien n’en était pas un. Comment et pourquoi cet Alien était moi. Moi aussi. Comment et pourquoi sans lui je ne serais pas moi.
Bref comprendre qui j’étais."

28 févr. 2018

LES TRAINS US ROULENT « DERRIÈRE » LES CHEVAUX DE GUERRE ROMAINS !

Notre passé vit au présent
Un jour, je me suis posé une question existentielle : pourquoi diable aux USA, la distance standard entre deux rails est-elle de 4 pieds et 8,5 pouces ? Pourquoi pas une chiffre rond ? Ou 50% plus large ?
Pour répondre, j’ai joué à Sherlock Holmes. Et voilà ce que j’ai trouvé :
1. Les chemins de fer US ont été construits sur le même écartement qu'en Angleterre, par des ingénieurs anglais expatriés : ils ont pensé que c'était une bonne idée car cela permettait d'utiliser des locomotives anglaises. Mais pourquoi les Anglais l’ont-ils choisi avant ? 
2. Les premières lignes de chemin de fer anglaises furent construites par les ingénieurs qui avaient construit les tramways : aussi ont-ils repris cet écartement.
3. Les personnes qui construisaient les tramways, construisaient aussi les chariots : ils ont donc utilisé les mêmes méthodes, les mêmes outils et donc l’écartement des chariots.
4. Tous les chariots avaient le même écartement, car partout les routes avaient déjà des ornières : un espacement diffèrent aurait causé la rupture de l'essieu du chariot.
5. L’origine de ces ornières remonte aux grandes routes construites par l'empire romain pour accélérer le déploiement des légions romaines : leur espacement correspond à la taille des chariots de guerre romains.
6. Les chariots romains étaient tirés par deux chevaux galopant côte-à-côte. L’écartement des roues est le résultat du compromis suivant : les écarter pour assurer une meilleure stabilité du chariot, sans se trouver dans la continuité des empreintes de sabots laissées par les chevaux ; les rapprocher pour limiter les risques d'accident lors du croisement de deux chariots.
Donc en résumé : l'espacement des rails US provient d’une optimisation faite 2000 ans auparavant, sur un autre continent, et est liée à la dimension de l'arrière-train des chevaux d’alors.
Je ne suis pas certain que cette explication soit exacte, mais reconnaissez qu’elle est amusante.
Et elle illustre bien la rémanence du passé qui est caché dans notre quotidien : si les Romains avaient opté pour des chars tirés par un seul cheval, nos trains seraient différents. 
Troublant, non ?

24 févr. 2018

CHUTE ET RÉGRESSION

Extrait de mon livre « Coming in » : Cauchemar
"Irrésistiblement, je glisse. 
Mes mains tentent de s’agripper à la moindre aspérité. Pour tout résultat, mes paumes ne sont que plaies, mes ongles arrachés. Ma vitesse s’accélère sans cesse. Trop vite, je vais trop vite. Bientôt je serai broyé, explosé sur le sol que je vais finir par atteindre.
Aucune lumière, le noir absolu, juste le souffle de ma vitesse. Une pensée m’obsède : freiner ma chute, coûte que coûte. Essayer à tout prix. Jouer des coudes. En vain. Essayer encore et encore. Les genoux, puis les pieds. La chute se poursuit. Inexorablement. Au-dessus, le rond du jour n’est plus qu’un point à peine perceptible. Inutile de crier : aucun son ne peut sortir du puits dans lequel je plonge. J’ai été jeté dans des oubliettes.
Soudain, je rebondis sur le sol. Brutalement, mais sans ressentir ni douleur, ni contusion. Juste le froid et l’élasticité d’une terre souple et humide. Odeur de putréfaction. 
(…)
Étranger à moi-même, j’erre, les bras en avant. Maladroit, je renverse tout, ici une lampe, là une table de chevet. Je bute sur une chaise et m’y assois un instant. Je désire mon lit qui m’échappe. Les débris de la lampe s’incrustent dans la chair de mes pieds nus. Je sens mon sang s’écouler, devinant que le flot visqueux macule le sol.
A défaut de lit, j’atteins le mur du fond. Il est blanc et impersonnel. Aucun relief, juste la froideur du plâtre à nu. De rage, mes poings se serrent, et je commence à boxer la paroi. 
Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. Seconde après seconde, l’intensité de mes coups s’accroît. Le mur se creuse, mes phalanges saignent. Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. Frapper encore et encore. Même pas mal. Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. Plus fort, plus vite. Ne pas réfléchir. Simplement cogner. Même pas mal. Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. Crever ce mur pour accéder à ce qui est de l’autre côté. Crever pour ne pas crever. Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. Ne pas accepter de rester emmuré. Combat à mort. Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. Je sais que ce mur m’engloutira, mais qu’importe. Lui ou moi. Lui et moi. Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite.
D’un coup, le plâtre devient béton. Bien qu’en sang, je continue à frapper. Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. Mais que faire contre un mur indestructible ? Je stoppe le combat, lèche mes blessures, et me repais du fluide rouge qui s’en écoule. D’un dernier élan, je percute de la tête l’enceinte, et, à moitié assommé, tombe sur le sol. Je couvre ma tête de mes bras. 
Je suis boule, fœtus. Aucun bruit. Doucement, irrésistiblement, ma cellule rapetisse. Les murs glissent vers moi, le plafond descend. Mon espace vital se réduit lentement. L’air commence à me manquer. Bientôt, je serai écrasé, broyé, détruit. Mais non, car moi aussi, je rapetisse. Je régresse. La paroi n’est plus rigide, mais a la douceur et la chaleur d’une peau. Je comprends que j’ai trouvé refuge dans celle que je n’aurais jamais dû quitter : j’ai réintégré l’utérus de ma mère. Je sens nos cœurs battre à l’unisson. Je tape contre la paroi de son ventre. M’entendra-elle ?
En sueur, je me réveillai."

20 févr. 2018

POURQUOI LE POULET A-T-IL TRAVERSÉ LA ROUTE ?

Était-ce historiquement inévitable, dans sa nature ou accidentel ? 
Pourquoi un poulet traverse-t-il une route ?
Il a forcément une raison, voire plusieurs, mais lesquelles.
Interrogation majeure et apparemment simple. Pourtant, comme toujours, dès que l’on creuse la question, elle se complexifie et les réponses sont multiples.
Du coup, in fine, on est face à tout un champ de possibles. Lequel est le bon ?
Je vous laisse faire votre choix parmi les réponses que j’ai trouvées sur internet.
Personnellement, probablement parce que je suis moi-même un consultant, j’ai un faible pour la réponse proposée par Consulting&Co. J’aime la volonté d’aller au fond de la question, de ne pas avoir peur de multiplier les analyses, et d’apporter une assistance complète au poulet dans sa grande aventure, le tout très certainement pour un coût proprement astronomique…
Donc, pourquoi le poulet a-t-il traversé la route ?
Aristote : C'est dans la nature du poulet de traverser les routes.
Platon : Pour son bien. De l'autre côté est le Vrai.
Descartes : Pour aller de l'autre côté.
Moise : Et Dieu descendit du Paradis et Il dit au poulet "Tu dois traverser la route". Et le poulet traversa la route et il jubila.
Bouddha : Poser cette question renie votre propre nature de poulet.
Hippocrate : A cause d'un excès de sécrétion de son pancréas.
Machiavel : L'élément important c'est que le poulet ait traversé la route. Qui se fiche de savoir pourquoi ? La fin en soi de traverser la route justifie tout motif quel qu'il soit.
Darwin : Les poulets, au travers de longues périodes, ont été naturellement sélectionnés de telle sorte qu'ils soient génétiquement enclins à traverser les routes.
Martin Luther King : J'ai la vision d'un monde où tous les poulets seraient libres de traverser la route sans avoir à justifier leur acte.
Freud : Le fait que vous vous préoccupiez tous du fait que le poulet ait traversé la route révèle votre fort sentiment d'insécurité sexuelle latente.
Karl Marx : C'était historiquement inévitable.
Ernest Hemingway : Pour mourir. Sous la pluie.
Albert Einstein : Le fait que le poulet traverse la route ou que la route se déplace sous le poulet dépend de votre référentiel.
Consulting&Co : Deregulation of the chicken's side of the road was threatening its dominant market position. The chicken was faced with significant challenges to create and develop the competencies required for the newly competitive market. Consulting&Co, in a partnering relationship with the client, helped the chicken by rethinking its physical distribution strategy and implementation processes. Using the new Poultry Integration Model (PIM), AA helped the chicken use its skills, methodologies, knowledge, capital and experiences to align the chicken's people, processes and technology in support of its overall strategy within a Program Management framework. Consulting&Co drove a diverse cross-spectrum of road analysts and best chickens along with AA consultants with deep skills in the transportation industry to engage in a two-day itinerary of meetings in order to leverage their personal knowledge capital, both tacit and explicit, and to enable them to synergize with each other in order to achieve the implicit goals of delivering and successfully architecting and implementing an enterprise-wide value framework across the continuum of poultry cross-median processes. The meeting was held in a park-like setting, enabling and creating an impactful environment which was strategically based, industry-focused, and built upon a consistent, clear, and unified market message and aligned with the chicken's mission, vision, and core values. This was conducive towards the creation of a total business integration solution. Consulting&Co helped the chicken change to become more successful. Thanks for your attention.

(Ce texte en italique a été trouvé sur internet)

18 févr. 2018

COMMENT ASSUMER L’ALIEN QUI EST EN MOI ?

Extrait de mon livre "Coming in" : L’Alien
« Dans ma maison en Provence, j’avais patiemment remonté tous les murs en pierres sèches. J’avais appris l’art de poser à cru les pierres les unes sur les autres. Trouver d’un coup d’œil laquelle saisir. Comprendre que le plus facile et le plus efficace, ce n’était pas d’accorder la priorité aux grosses pierres. Non, car rarement elles s’emboiteraient ensemble. Mieux valait se servir des petites, puis poser de temps en temps des grandes pour relier le tout. Et finir par une rangée où elles étaient posées en vertical, la compression assurant la solidité. J’arrivais ainsi à monter des murs de deux mètres de haut.
J’avais fait pareil avec ma vie. Depuis vingt ans, j’avais posé une pierre après l’autre. Rien de gros, rien de spectaculaire. Juste de petites pierres. Un geste après l’autre. Une réunion après l’autre. Un dîner après l’autre. Un mensonge après l’autre. Le tout aboutissait à un mur immense et résistant à tous les chocs. Au cœur, bien caché, végétait mon Alien. Un homosexuel qui, afin de ne pas exploser, éjaculait dans des saunas ou des bars obscurs. Vidange nécessaire et sans lendemain. Oui, un tout solide, à défaut d’être cohérent. Aucun ciment, aucun liant, juste des pierres. Sèches. Sec.
Décider de rejoindre Marc dynamiterait ce mur. Me dynamiterait. De ma nouvelle vie potentielle avec lui, je n’avais aucun repère, aucune expérience. Ce futur inconnu n’était pas moi. Du moins ni le moi d’hier, ni le moi d’aujourd’hui. Quitter Cécile et les enfants, c’était me quitter. Tout le monde ne me connaissait que grimé et déguisé. Mes amis, mes camarades de travail, ma famille. Tout le monde. 
Que deviendrais-je ? A leurs yeux, je n’existerais plus. Sans mur, je ne serais rien. Le mur n’était pas une protection, il était moi. Sans lui, je me dissoudrais. Il n’était pas ma carapace, mais mon ossature. Sans lui, je serais flasque, mou, sans consistance.
Mais, rester avec Cécile n’avait pas non plus de sens. L’Alien ne rentrerait plus jamais dans sa niche, je le savais. Il était sorti pour de bon. Je sentais encore dans ma chair le moment où, dans l’avion pour Cagliari, il avait surgi et m’avait pour un temps dévoré, englouti. Ensuite, il avait laissé un peu d’espace à mon passé. Un peu, mais pas tout. Il était là et bien là. J’étais définitivement un "Je-Il".
L’Alien tapait chaque jour plus fort contre les fondations qui me soutenaient. Mon mur n’y résisterait pas. Pas longtemps. Déjà il se fissurait. Le barrage volerait bientôt en éclat, et le torrent de l’eau contenue me submergerait.
Que faire ? »

16 févr. 2018

JE PENSE AU TRAVERS DE MES LANGAGES

C’est grâce à nos langages que nous interprétons le monde dans lequel nous vivons 
Nos langages ne sont pas seulement les langues que nous maitrisons. Ainsi les mathématiques ou le jeu d’échec sont aussi des langages : 
- Là où le profane ne voit que des assemblages de lettres, de chiffres et de symboles, le mathématicien lit le problème et architecture des solutions,
- Si l’on présente à ce joueur d’échec des pièces correspondant à une partie réellement jouée, il lit la configuration, la mémorise très rapidement, et pourra la reproduire sans se tromper. Si les pièces sont posées au hasard, il ne verra plus de configuration et aura autant de difficulté qu’un débutant à se souvenir de la localisation des pièces. 
- De même un Chinois, face à un texte écrit en mandarin, lit les caractères, là où je ne vois que des traits que je suis incapable de reproduire. Si ces caractères étaient des traits faits au hasard, il se retrouverait dans la même situation que moi.
Ainsi, chacun de nous détient un ensemble de langages – les langues que nous maitrisons, les expertises acquises, notre histoire familiale et personnelle –, et c’est grâce et à travers eux que nous sommes à même d’interpréter le monde dans lequel nous vivons et d’en extraire des informations et du sens. 
L’entreprise, elle aussi, se nourrit d’interprétations. Comme pour un individu, elles reposent sur des langages. Les langages sont essentiellement ceux des mots, mais pas seulement : chaque population technique a son propre langage qui est un de ses vecteurs d’efficacité. Les mots eux-mêmes dans une grande entreprise relèvent des langues multiples : même s’il existe toujours une langue dominante qui sert de support à la communication collective, cela suppose pour bon nombre un double effort de traduction.
Comment franchir ces obstacles en entreprise ? Un des leviers est la construction d’une culture commune, c’est-à-dire d’un langage commun. Ce langage repose sur un ensemble de signes verbaux et non verbaux qui sont des raccourcis permettant à chacun d’échanger et de construire une compréhension commune face à une situation donnée.
 
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