31 oct. 2014

HISTOIRE DE MURS EN PIERRES SÈCHES

Sans logique ?
Juste des pierres, posées les unes sur les autres,
Comme jetées, sans logique apparente, sans tri,
Une verticale chaotique, un entremêlement de lignes.
Le soleil joue dedans, accusant une rupture,
Soulignant un alignement, ombrant une courbe,
Les faisant flamboyer quand il se couche.
Ainsi vont nos vies, nos gestes, nos rencontres.
Un moment sur un autre, une conversation sur une autre,
Un amour après un autre, une trahison après une autre.
Notre regard, tel le soleil, quand nous nous retournons,
S’arrête sur tel ou tel détail, souligne un instant,
Reconstruit un lien et un sens à ce qui n’était que succession.

30 oct. 2014

LES TROIS FRANCE

La France périphérique (5)
On aboutit ainsi selon Christophe Guilluy à trois France qui cohabitent vaille que vaille : 
« La relocalisation des nouvelles catégories populaires dans la France périphérique, la concentration dans les quartiers de logements sociaux des catégories populaires d’immigration récente dans les grandes métropoles, et enfin la concentration des catégories supérieures dans le parc privé de ces mêmes métropoles dessinent les contours de trois ensembles socioculturels. »
« Premier ensemble La France périphérique et populaire : les catégories populaires d’origine française et d’immigration ancienne : Loin des débats gauche/ droite, la France périphérique portera la question de l’alternative économique au modèle de l’économie mondialisée, la relocalisation, l’introduction du protectionnisme mais aussi celle de la circulation des hommes et donc de l’immigration. »
« Deuxième ensemble : Banlieues ethnicisées, des valeurs traditionnelles au cœur de la mondialisation libérale : Si l’on tient compte du fait que ces territoires sont devenus des sas entre le Nord et le Sud, il apparaît au contraire que l’intégration économique et sociale fonctionne pour leurs habitants, notamment grâce au dynamisme du marché de l’emploi métropolitain et aux politiques publiques. L’enjeu est d’abord celui de la gestion de la société multiculturelle. »
« Troisième ensemble : Métropoles mondialisées et gentrifiées, le modèle libéral de la société ouverte : Tenantes du pouvoir économique et culturel, elles sont aujourd’hui les derniers soutiens des grands partis et surtout du modèle économique dominant. Rempart autodésigné au « populisme », elles interdisent de fait la visibilité des aspirations des catégories populaires. »
Toujours selon Christophe Guilluy, ceci expliquerait largement la critique de l’État providence : 
« Il faut comprendre cette évolution à la lumière d’une société multiculturelle naissante. Le sentiment général n’est pas que l’on souhaite « moins d’État » ni moins de prestations sociales pour soi-même mais pour les « autres ». (…) En effet, la remise en cause de la légitimité de l’État-providence dans un pays qui attache par ailleurs autant d’importance aux services publics et à l’État est le signe d’un basculement politique et sociétal majeur. C’est le paradoxe de la situation actuelle qui dénote la perversité d’un système libéral et mondialisé : demain, la critique de l’État-providence ne sera plus portée par en haut mais par ceux-là mêmes qui en ont le plus besoin. »
Avant d’en venir à mes conclusions personnelles, prenons le temps de revenir sur les conséquences qu’il en tire pour l’évolution politique française. En quoi tout ceci pourrait-il expliquer la montée du Front National, la fragilisation croissante du Parti Socialiste, et le maintien problématique de la droite classique ?
(à suivre)

29 oct. 2014

LA PEUR DE SE RETROUVER MINORITAIRE SERAIT UNIVERSELLE

La France périphérique (4)
Afin d’enrichir sa recherche, Christophe Guilluy nous invite à prendre conscience que la peur de se retrouver minoritaire dans son propre lieu de vie, n’est pas l’apanage des Français les moins favorisés. Loin de là ! On retrouve cette peur de partout.
Tout d’abord la population immigrée est elle-même inquiète de se voir submergée par de nouveaux arrivants :
« Ainsi, si 82 % des musulmans franciliens interrogés sont favorables au droit de vote des étrangers, ils sont la moitié à juger « qu’il y a trop d’immigrés », et 52 % à considérer que l’on « ne se sent plus chez soi comme avant » (…) Les Français musulmans vivent au quotidien la question des flux migratoires, dans des villes ou des quartiers où se concentrent les flux d’immigration récente, c’est-à-dire dans des espaces où les mobilités résidentielles sont fortes et l’instabilité démographique permanente. Or, une part importante de la population musulmane francilienne, souvent en phase d’ascension sociale et vieillissante, vit difficilement l’intensification des flux migratoires récents, souvent subsahariens, qui contribuent fortement à une forme d’insécurité culturelle. »
Et ceci se retrouve dans les pays de par le Monde :
« En novembre 2012, le magazine Maroc Hebdo avait suscité l’émoi en affichant sur sa « une » le titre « le péril noir » pour dénoncer l’immigration subsaharienne. »
« Personne ne souhaite être minoritaire : Dans une société multiculturelle où l’autre ne devient pas soi, la question du nombre devient essentielle : combien va être « l’Autre » dans ma ville, mon village, mon quartier, mon immeuble ? (…)Il n’est scandaleux que s’il se réfère à une hiérarchie entre les peuples et les cultures, mais légitime quand il répond à l’angoisse compréhensible de ne pas souhaiter être ou devenir « minoritaire » sur un territoire donné. »
« Devenir ou être minoritaire, c’est dépendre de la bienveillance d’une majorité : Avec Israël, les juifs passent du ghetto au village. Ce passage d’une minorité structurelle à une majorité relative soulève évidemment des questions touchant le rapport à l’autre, le développement de logiques séparatistes, la création de colonies autour de Jérusalem qui visent par exemple à maintenir le fait majoritaire. » 
Partout les classes dirigeantes vivent le multiculturalisme positivement car, elles « ont les moyens de la frontière invisible avec l’autre, ne veulent pas de cette séparation. Ce sont elles qui demandent, au nom du bien, toujours plus de « mixité ». »
D’où une incompréhension croissante entre les deux :
« Le décalage entre la perception des élites et celles du peuple se lit dans cette gestion du multiculturel. Aux classes dominantes, qui vivent le multiculturalisme à 5 000 euros par mois, et pour qui la solution passe par plus de mixité, les classes populaires, celles qui vivent le multiculturalisme à 1 000 euros par mois, répondent séparatisme. (…) Les catégories modestes souhaitent préserver leur capital social et assurer la transmission de leur patrimoine et de leur « village » à leurs enfants. Il s’agit d’une démarche de protection, pas de fermeture, elle n’interdit donc pas l’accueil de l’autre ni la fraternité mais exige un entre-soi majoritaire. »
Difficile cohabitation, et défi collectif…
(à suivre)

28 oct. 2014

LA MOBILITÉ NE CONCERNE PAS TOUT LE MONDE

La France périphérique (3)
Avant d’en venir aux conclusions politiques que tire Christophe Guilluy, arrêtons-nous un instant sur son analyse de ce qui est considéré comme une donnée de notre monde : le développement de la mobilité.
D’abord qu’en est-il des migrations internationales ?
« Les migrations internationales ne concernent qu’environ 3 % de la population mondiale, soit une partie infime des habitants de la planète. En réalité, quand elles ont lieu, l’essentiel des mobilités humaines sont des migrations internes aux États. Dans tous les cas, l’immense majorité des habitants du monde vivent dans le pays où ils sont nés. (…) On l’oublie souvent : l’immigration est d’abord un arrachement, plus rarement un choix. (…) Une enquête de Sciences Po(1) montre que le taux d’expatriation ne touche que 0,004 % des non-diplômés contre 2,1 % des titulaires d’un doctorat, soit 52 fois plus. La part des jeunes ingénieurs travaillant à l’étranger est passée de 14,6 % à 19 %. »
Ainsi à nouveau, déconnexion entre la France des métropoles et celle de la périphérie. Mais tout ceci doit être en train de changer puisque la France est sillonnée de TGV. Sauf que qui trouve-t-on dans les TGV ?
« L’économiste Julien Milanesi observe par exemple que depuis la mise en service d’un train roulant à 300 km/ h plutôt qu’à 160 km/ h ou 200 km/h, la SNCF attire toujours plus de catégories supérieures. Le train est devenu un moyen de transport socialement marqué. Plébiscitée par les élites, l’hypermobilité est le fait des classes supérieures, une mobilité financée pour partie par… les catégories modestes. Les coûts des infrastructures ferroviaires, routières et aériennes sont en effet pour partie assumés par des financements publics ; des budgets pharaoniques auxquels contribue donc la majorité, surtout pour le confort, in fine, d’une minorité. »
Aussi la mobilité qui est l’apanage des métropoles est creuse davantage la fracture :
« Les métropoles mondialisées et gentrifiées resteront celles des mobilités (par le haut pour les catégories supérieures et par le bas pour les catégories populaires immigrées), tandis que la France périphérique verra peu à peu émerger une France des sédentaires contraintes par le contexte économique, social et foncier. »
« La volonté d’éviter les quartiers et plus largement les territoires des grandes villes où se concentre l’immigration participe à la sédentarisation des populations dans des territoires économiquement peu dynamiques. »
(à suivre)

27 oct. 2014

PROMENADE DANS LA FRANCE ABANDONNÉE

La France périphérique (2)
Dès que l’on quitte le monde des métropoles, on se retrouve en une France qui vit déconnectée de l’économie-monde.
« Territoire d’une France « populaire et fragile », la « France périphérique » recoupe des réalités économiques et sociales très différentes. Des territoires ruraux et industriels de la Bretagne intérieure aux territoires du « périurbain subi » de Brignoles, ce petit tour de la «France périphérique » vise à éclairer l’émergence d’un continuum socioculturel sur les ruines des classes ouvrières et moyennes. »
C’est donc une France difficile à saisir et à décrire puisqu’elle recouvre des réalités concrètes très différentes. Elle recouvre aussi bien la révolte des bonnets rouges bretons ou celle des sidérurgistes lorrains de Gandrange.
Qu’ont-ils en commun ? Essentiellement d’être pris au piège d’appartenir à un territoire où les offres d’emploi régressent, car déconnecté du mouvement mondial, et d’y être piégé par des liens économiques et culturels :
« Les problèmes financiers sont structurels (ayant du mal à s’acquitter du paiement des traites de leur maison, des nombreux déplacements, de l’obligation de posséder deux voitures) et l’endettement, voire le surendettement, répandu. Quand le chômage frappe, l’éloignement des zones les plus dynamiques rend difficile un retour à l’emploi. Le piège se referme sur « cette classe moyenne inférieure » caractéristique en réalité de ces nouvelles catégories populaires fragilisées. »
Autre propos très dérangeant de Christophe Guilluy, son discours sur l’attitude des classes les plus défavorisées vis à vis de l’immigration : ce sont elles qui sont effectivement confrontées à la réalité de la cohabitation, et non pas les classes supérieures, qui ont, elles, la possibilité de vivre à distance. Les classes favorisées peuvent construire des stratégies d’évitement : elles parlent de la société multiculturelle, mais elles n’en vivent pas au quotidien les inconvénients.
« Contrairement à ce que l’on croit, le diagnostic rationnel, objectif, est celui des classes populaires, car ce sont elles qui vivent au quotidien, depuis trente ans, les effets de la mondialisation (stagnation ou déflation salariale, précarisation, chômage, fin de l’ascension sociale) et de son corollaire lié à l’immigration (aléas de la cohabitation, quartiers difficiles, problèmes de logement, déshérence de l’école, instabilité démographique...). Ainsi, contrairement à ce que l’on écrit et dit un peu partout, le diagnostic « par le bas » (désigné comme « populiste ») n’est pas le fruit d’un emportement irréfléchi, d’une radicalisation irrationnelle ou d’une protestation superficielle) »
Aussi si elles ont fui les banlieues et se sont retrouvées dans cette France périphérique, où elles se sentent de plus en plus abandonnées, ce n’est pas pour y revenir, et pas non plus pour accepter le discours moralisateur d’une mondialisation et d’une société multiculturelle qui seraient a priori positives.
(à suivre)

24 oct. 2014

FIGÉS

Au Québec
Drôles de rencontres faites cet été au Québec, dans la Belle Province.
Devant les maisons de Saint Anne des Monts en Gaspésie, les humains se sont statufiés.
Ont-ils passé trop de temps à contempler les baleines qui jouent dans la baie du Saint Laurent ?
Ou est-ce un reste d’un hiver trop rigoureux qui les aurait figés ? Mais qui alors a pris le temps de les dévêtir ?

Et que penser de ces trois garçons d’une rue du vieux Québec, qui sont devenus plantes ?
Sont-ils des triplés ? Appelés par une Juliette disparue, ont-ils sauté de concert pour se trouver cloués sur ce balcon ?
Ou étaient-ils en train d’en descendre quand un djinn, de passage et malicieux, les a figés, voulant faire un jeu de mot entre son nom et leurs pantalons ? 
Allez donc savoir…

23 oct. 2014

LES BANLIEUES SONT-ELLES DES GHETTOS ?

La France périphérique (1)
Souvent quand on prend le temps de lire un livre dont tout le monde parle, on est déçu, car le niveau d’attente est tel que c’est le plus probable. 
Avec La France Périphérique de Christophe Guilluy, rien de tel. Non seulement la richesse du contenu et son originalité sont à la hauteur du buzz, mais sa lecture m’a même ouvert plus de perspectives que je ne l’imaginais avant !
Il était donc nécessaire que je lui consacre une série de billets, où, conformément à mon habitude, je vais alterner citations – selon la logique d’un patchwork de ce qui m’a le plus interpellé – et commentaires, ou digressions. Je ne vais pas suivre nécessairement le plan du livre, mais procéder plutôt à une déconstruction-reconstruction.
En route donc pour cette promenade dans, pour reprendre le sous-titre, « comment on a sacrifié les classes populaires ».
Quelques observations d’abord sur l’immigration et les banlieues des métropoles.
« L’inégalité sociale et culturelle au cœur d’un modèle sans « classes moyennes » : En 2008, dans la Seine-Saint-Denis, 63 % des actifs ayant déjà travaillé et âgés de 18 à 50 ans sont d’origine étrangère. Mais c’est le cas de près de 90 % des ouvriers, contre à peine plus de 30 % des cadres. En Île-de-France, si 61 % des ouvriers de 18-50 ans ayant déjà travaillé sont d’origine étrangère, c’est le cas de 24 % des cadres seulement. Si le phénomène est plus marqué dans la métropole parisienne, les dynamiques sont les mêmes dans l’ensemble des grandes métropoles. Partout le clivage social tend à recouvrir un clivage ethnique. »
Pour l’instant, rien de très surprenant : nous retrouvons les immigrés « là où nous les attendions », c’est-à-dire parmi la classe ouvrière, donc la moins favorisée.
Mais souvent, dès que l’on parle de banlieues, on y associe la vision d’un ghetto dont il est difficile, voire impossible de sortir. Or Christophe Guilly dresse un portrait tout autre, celui « des banlieues intégrées et qui produisent des classes moyennes » :
« On ne perçoit pas que ces territoires se caractérisent en fait par l’importance de leur mobilité résidentielle. Dans son rapport de 2005, l’ONZUS (Office National des Zones Urbaines Sensibles) révélait que le taux de mobilité en ZUS était de 61 % ce qui en faisait les territoires les plus mobiles de France. La permanence d’indicateurs sociaux dégradés est en fait une des conséquences de cette mobilité. Car si ces quartiers accueillent en effet une part essentielle des flux migratoires, ils enregistrent dans le même temps, et logiquement, le départ des ménages les mieux insérés ou les plus diplômés. »
Ainsi selon son analyse, ces banlieues qui entourent les villes métropoles, ne sont pas des lieux d’exclusion, mais d’inclusion dans l’économie-monde, certes au prix d’un modèle inégalitaire, mais les connexions sont réelles.
Alors que le reste du territoire, celui qui n’est ni métropole, ni banlieue d’une métropole, est lui coupé de l’économie-monde. C’est là que l’on trouverait les vrais défavorisés. Bienvenue dans la France périphérique !

(à suivre)

22 oct. 2014

COMMENT CONCRÈTEMENT DÉCLENCHER LE CHANGEMENT EN FRANCE ?

Vidéo sur Caféine TV (4)
Comment arriver à sortir de la complexité multidimensionnelle pour effectivement déclencher le changement dans un pays comme la France ?

21 oct. 2014

FACE À L’INCERTITUDE : AGILITÉ OU STABILITÉ ?

Vidéo sur Caféine TV (3)

Le vrai défi en système incertain, c’est plus la stabilité que l’agilité !

20 oct. 2014

COMMENT METTRE EN ŒUVRE LE LÂCHER-PRISE POUR RÉUSSIR LA COLLABORATION ET LE CHANGEMENT ?

Vidéo sur Caféine TV (2)
Les fourmis de feu grâce à leurs radeaux sont capables de créer collectivement de la stabilité dans l'incertitude. Et nous ?

17 oct. 2014

RECYCLER UNE GARE EN UN COCKTAIL BOURGEOIS-BOHÊME

So fashion
Drôle d’endroit découvert récemment Porte de Clignancourt à Paris : La Recyclerie, une ancienne gare reconvertie en un cocktail à dominante de restaurant, avec une pincée de nature et de mini-ferme, une louche d’atelier de bricolage.
Au bord des rails désaffectés, quelques tables qui transforment un ancien quai en terrasse, style guinguette revisitée. On se surprend à regretter qu’un vieux train tiré par une machine à vapeur ne passe pas.
Côté restaurant, une sorte de grande cuisine de ferme où le self est de rigueur avec l’apport de la technologie sans fil (une mini soucoupe volante buzze quand votre plat est prêt).
Et dans la journée, des ateliers divers. J’imagine des postures de yoga prendre place sur l’escalier, des potiers maculer les tables, ou des arcs à souder redonner vie à des lampes abandonnées.
Étrange donc…
J’y vois surtout le dernier témoignage du grignotage constant des anciens quartiers populaires de Paris. Comme un exemple vivant de la France Périphérique que je chroniquais dernièrement.
Quand le marché aux puces qui n’est plus qu’à un pas, va-t-il se retrouver transformé à un immense Ikea horizontal et en plein air ?

16 oct. 2014

ET SI L’INCERTITUDE ÉTAIT UNE BONNE NOUVELLE ?

Vidéo sur Caféine TV (1)
Sans incertitude, aucune création de valeur, pas de liberté individuelle et aucun besoin d’êtres humains dans les organisations !

15 oct. 2014

MON PORTRAIT EN VIDÉO

Vidéo sur Caféine TV (1)
12 courtes vidéos pour savoir tout ou presque sur mes activités professionnelles, politiques et mes idées essentielles

14 oct. 2014

VIVE LE DÉSORDRE

Pour une France 2.0 (4)
Commençons comme on peut et partout !
Autre point commun entre le livre de François Lainée, et mon approche du management par émergence, son approche du changement et du refus de l’ordre a priori.
Il dit : « Commencer petit, mais partout à la fois (et sans plan d’ensemble !) » et « La déclinaison de l’action au niveau le plus local possible, par des bases de données : Développer le mode d’actions par la base et la fourniture d’outils pour les citoyens : en faire un axe de développement de Nous Citoyens s’appuyant sur les Régions. »
Et j’ai, de mon côté, écrit dans les Radeaux de feu : « D’abord ne lancez pas une grande mobilisation générale, ne dites pas que le passé est révolu et que tout doit changer, ne faites pas le « Grand soir ». Non, il ne faut rien entreprendre de spectaculaire, mais viser une transformation de l’intérieur, qui, au début, sera invisible et se propagera… Ensuite, inutile d’avoir un plan d’ensemble figé et définitif, le cadre stratégique et les principes d’actions suffisent. Non, il faut multiplier des chantiers locaux, au départ sans lien entre eux, et les laisser se propager. C’est cette propagation qui les fera progressivement se rejoindre, et dessinera, au bout de quelques mois ou années, un schéma d’ensemble, schéma qui n’aura pas été conçu a priori, mais aura émergé. Comme pour le chemin qui se dessine de lui-même en observant où les pas ont écrasé l’herbe… »
Pour quelle ambition ?
Je finis mon patchwork par ses remarques sur le profil nécessaire des dirigeants politiques pour entreprendre un tel  changement : 
« En effet ces appareils (les appareils politiques actuels) sont tout entier tournés vers la prise du pouvoir, au sens de l’occupation des sièges d’élus et de décideurs publics… Quand on entre dans ce jeu les enjeux personnels deviennent prépondérants. Les idées deviennent naturellement des moyens. Et ce biais est naturellement d’autant plus fort que le parcours dans ces appareils a duré plus longtemps. Il me semble donc clair qu’il vaut mieux rechercher des dirigeants ouverts à la mentalité de France 2.0 sur des parcours qui ne passent pas (ou plus) par ce cœur du système politique actuel. »
Telle est la logique de mon engagement dans Nous Citoyens, car oui le passage d’une France monarchique à une France 2.0 ne se fera pas avec les organisations et les hommes politiques actuels.
Dernièrement, je discutais avec un jeune de 22 ans qui veut nous rejoindre : il était d’abord allé voir du côté de l’UMP, et il en était reparti en courant, devant l’ambition de jeunes aux dents déjà longues. Il lui avait même été dit : « Quoi ! Tu as 22 ans et tu n’es pas déjà dans l’écurie d’un futur gagnant ! ».
Une preuve de plus qu’il est urgent de changer la politique. 
C’est possible et nous sommes en train de le faire !

13 oct. 2014

ÉDUCATION ET NOUVEAU MODE DE MANAGEMENT

Pour une France 2.0 (3)
Comment faire émerger cette intelligence collective ?  Deux axes importants : avoir plus d’individus imaginatifs et créatifs et avoir un mode de management et d’organisation pertinents
Redonnons la parole à François Lainée.
Éducation et créativité
« L’environnement familial et scolaire de nos enfants favorise de façon écrasante l’apprentissage de l’obéissance plutôt que celui du questionnement et de la remise en cause. »
« Il y a donc un bénéfice social très important à donner plus de place à la créativité dans notre éducation scolaire, à donner une place au « pourquoi pas ? », à côté du « pourquoi ? » que nous enseignons si bien. »
Je retrouve là un écho de tout ce qu’a notamment développé Sir Ken Robinson, ce grand spécialiste de l’Éducation. Je lui ai consacré deux articles : « Nous éduquons des gens en dehors de leurs capacités créatives » et  « Cherchons à élever des penseurs créatifs, et non pas à éduquer de bons travailleurs ». Quel chemin à parcourir entre notre Éducation nationale et cette vision !
Une citation parmi d’autres issue des conférences de Ken Robinson : « Nous nous sommes précipités dans un modèle éducatif "fast food". Et cela appauvrit notre pensée et nos énergies autant que les fast foods détériorent nos corps. »
Où l’on parle d’entreprise
Quid maintenant du mode de fonctionnement de nos organisations publiques
« Cette façon de voir oublie un peu trop vite que ce siège est un droit à servir avant d’être un blanc-seing pour décider. »
« La finalité de l’entreprise c’est de se développer en produisant efficacement les biens et services pour ces clients. Mais n’est ce pas au fond la même chose pour les affaires publiques ? La finalité d’une organisation en charge d’un service public n’est-elle pas en principe de le rendre le plus efficacement possible pour le citoyen ? »
« Appliqué à la sphère publique ce principe remet le citoyen au centre du dispositif. Il est l’équivalent du client. Et ce serait donc de lui que devraient venir les meilleures idées sur la façon de faire évoluer les services rendus »
Vous avez dit management ?
Et enfin ce qui est presque un gros mot dans la sphère publique : le mode de management !
« Ne pas craindre d’avouer publiquement son ignorance pour chercher les meilleures solutions »
Plus généralement François Lainée insiste sur la nécessité de développer une culture des faits, et non pas seulement des opinions, et aussi sur l’importance de savoir se confronter au réel.
Ces deux aspects – connexion au réel et confrontation – sont au cœur de tous mes écrits. Pour ceux qui n’ont pas lu mes livres (j’imagine qu’il y en a encore pas mal parmi les lecteurs de ce blog !), vous pouvez aller voir la série d’articles liés à ce thème de la confrontation,  ou des faits.
(à suivre)

10 oct. 2014

AUTOMNE EN ÉTÉ

Temps déréglé ?
Août au Québec. Promenades multiples. Des marches qui s’emparent d’une sente, d’un ruisseau ou d’un murmure.
Chaleur un peu moite, transpiration. Aucune fatigue, car les pas sont lents et la foulée progressive.
Mon regard rebondit sur le paysage, ici un rocher, là de l’eau, et de partout des érables.
Parfois un trou noir temporel, un morceau d’automne surgissant, le rouge dans le vert.
Est-ce un dérèglement local, un apéritif avant la grande transformation, un arbre albinos ?
Interloqué, je m’arrête, m’imprègne de ces anomalies, accepte sans comprendre… avant de reprendre mon errance, calme et sans but.

9 oct. 2014

LA PUISSANCE DU COLLECTIF

Pour une France 2.0 (2)
Commençons donc notre promenade guidée au sein de France 2.0
Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument
« Le pouvoir propriétaire tend aussi à faire du poste visé le but, et des idées les moyens, au lieu du contraire hélas. »
« Pour les administrations, l’enjeu fondamental est celui d’exister, de se perpétuer. Car l’emploi y est garanti, mais pas l’activité. L’activité c’est à dire la liberté de faire et de produire ce dont on a envie, quelque chose dont on est fier. »
Un peu plus loin dans son essai, François Lainée aborde la propension des politiques à se contenter des effets d’annonce : les mots et le verbe deviennent le réel !
Ceci renvoie à un souvenir personnel qui date du temps, où j’étais au début des années 80, chargé de mission à la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale (DATAR). Ayant alors été un moment en charge du pilotage des actions portant sur ce que l’on appelait l’Arc Nord-Est (du Nord Pas de Calais à la Lorraine), j’avais vu comment le fait qu’un projet industriel ne se réalisait pas, était devenu une aubaine, car au lieu d’être annoncé une seule fois, nous pouvions à chaque fois le confirmer. Ainsi sa non réalisation loin d’être un problème était une bonne nouvelle, puisque les annonces pouvaient être multipliées !
La puissance des foules
Encore plus loin, François Lainée décrit comment la mise en œuvre d’une gestion municipale réellement participative avait permis à la ville brésilienne de Belo Horizonte de décoller à la sortie de la dictature militaire .
Ceci fait écho avec la démocratie des abeilles, et leur façon fascinante de prendre des décisions (voir les différents articles que j’ai écrits sur ce thème – notamment « la démocratie des abeilles », « l’esprit de la ruche », et aussi dans mon dernier livre Les Radeaux de Feu)
Autre observation faite par François Lainée, ce mouvement collectif pour qu’il puisse émerger efficacement, ne nécessite pas la participation de tous, mais de l’existence d’un nombre suffisamment élevé de leaders et de faiseurs-suiveurs, et de relations entre chaque catégorie (on retrouve ici à nouveau la logique de la démocratie des abeilles, où « l’esprit de la ruche » est conduit par le petit  groupe des abeilles exploratrices, puis grâce à un système qui permet à toutes de voter)
« En revenant enfin à la lecture humaine que nous donne cette image, cela veut dire d’abord que l’on peut obtenir des propriétés de conduction du changement avec des mélanges des trois comportements humains rappelés plus haut (leader, faiseur-suiveur, consommateur-non participant). C’est une première bonne nouvelle car la présence de ces trois caractères est universelle dans tous les groupes humains.
La seconde bonne nouvelle c’est que ce régime de conductivité peut être compatible, suivant les types de mélange, avec des proportions faibles de grains conducteurs. Comme les hiérarchies de nombre entre les trois groupes de comportement sont typiquement de l’ordre de 1% - 10% - 90%, cela laisse à penser qu’il n’est pas nécessaire que tout le monde devienne un faiseur suiveur ou un leader pour aboutir, demain, à une société beaucoup plus dynamique à se remettre en cause et à s’améliorer. »
(à suivre)

8 oct. 2014

AUX ACTES CITOYENS !

Pour une France 2.0 (1)
Au cœur des projets et de la vision de Nous Citoyens, se trouve la volonté de passer d’une monarchie républicaine à une France 2.0, c’est-à-dire une France non seulement résolument tirée par une vision du monde dans laquelle elle est plongée et pour lequel elle dispose de tous les atouts potentiels, mais aussi une France citoyenne qui tire parti de l’énergie de chacun et qui vit au temps des réseaux sociaux.
François Lainée, un des militants les plus actifs et les plus créatifs de notre mouvement, a écrit sur ce thème en fin 2013 un ouvrage décapant : « France 2.0 : Aux actes citoyens ! », sous-titré « Plaidoyer pratique pour une démocratie coopérative ». Il est accessible librement en ligne dans une première version qui date elle de 2012.
Pour ceux qui n’auront pas le courage de prendre le temps de le lire, je vais en quelques articles vous en livrer un patchwork, c’est-à-dire comme à mon habitude des extraits choisis que j’agrémenterai de quelques remarques ou questions personnelles.
Commençons par simplement reproduire l'introduction initiale :
« Le bateau France prend l'eau. Nos finances sont exsangues, notre modèle social sans doute insoutenable.
Et, de ce fait, notre bon vieux modèle de conduite des affaires publiques "le citoyen vote et délègue tout aux élus qui décident" arrive en fin de course.
Avant la catastrophe, il y a urgence absolue, au bénéfice de tous, citoyens et élus, à le réinventer.
Et cela est possible ! Car ce que nous vivons depuis des décennies n'est pas la seule voie. Il y a une autre approche, plus coopérative, plus exigeante aussi, où toutes les volontés d'agir au service du bien public se trouvent libérées. Elle porte le projet d'une société où le pouvoir des dirigeants est celui de faire faire, de faire avec les citoyens au lieu de faire tous seuls. D'une société où les citoyens engagés pourront changer les choses. Cette vision, en un mot, c'est France 2.0.
Les prémisses sont là, les outils pour aller plus loin sont là également.
A nous, si nous en avons le courage, de suivre ce chemin. »
Voilà un plaidoyer clair et net qui explique l’importance et la nécessite d’un mouvement comme Nous Citoyens !

(à suivre)

7 oct. 2014

MONSIEUR FRANÇOIS FILLON, ENCORE UN PETIT EFFORT !

Refonder la France en la faisant passer de la lampe à incandescence au LED, c’est-à-dire plus de lumière et moins d'énergie consommée !
François Fillon vient d’annoncer son plan d’actions pour économiser 110 Milliards d’euros en cinq ans. En effet comme il le dit et comme Nous Citoyens l’affirme depuis un an, il y a urgence à mettre de l’ordre dans nos dépenses publiques : notre déficit se creuse – il vient de dépasser les 2000 Milliards d’euros –, et nous sommes en train de faire dépendre notre avenir de plus en plus de nos créanciers, et de leur acceptation d’un bas taux d’intérêt.
Si, pour ce record de dépenses publiques et de déficit, nous avions une qualité de services publics exceptionnels et très peu de chômeurs, ce serait une trajectoire publique risquée et dangereuse, mais encore compréhensible. Or comme chaque Français peut le voir chaque jour, il n’en est rien : l’Éducation nationale française s’enfonce dans les classements internationaux ; le manque de logements est criant et les prix plus élevés que chez nos voisins ; les projets locaux s’enlisent dans les méandres de notre millefeuille politico-administratif ; les urgences de hôpitaux sont engorgées… Et tout cet argent public gaspillé asphyxie notre économie, en prélevant sans cesse davantage sur les entreprises et les particuliers, et conduit à l’accroissement du chômage.
Bref, il y a urgence, et il n’est que temps que quelqu’un comme François Fillon s’en rende compte. Dommage simplement qu’il n’ait pas agi dans cette direction quand il était Premier Ministre. Faute avouée à moitié pardonnée comme le dit le dicton populaire !
Mais l’objectif qu’il fixe, 110 Mds €, s’il apparaît déjà ambitieux, n’est pas à la hauteur de ce qu’il faut entreprendre : comme nous l’avons indiqué dans nos propositions pour une refondation de la France (1), ce sont 200 Mds € qu’il faut viser pour à la fois remettre notre niveau de dépenses publiques au niveau de ses pays voisins et avoir un budget à l’équilibre.
Comment est-ce possible et quel est l’écart entre nos propositions et celle de François Fillon ?
D’abord première remarque, notre raisonnement ne porte pas strictement sur une période de 5 ans, mais sur 5 à 7 ans. Pourquoi ne pas nous être limité à la durée d’un mandat présidentiel ? Parce que pour déclencher le vrai changement et identifier les transformations à faire, il faut viser le bon ordre de grandeur, et ne pas laisser croire qu’au bout des 5 ans, la transformation sera aboutie : elle ne le sera que quand les 200 Milliards seront atteints.
Deuxième remarque qui, elle, accroît l’écart entre les deux objectifs : nous avons affirmé que l’économie doit être calculée par rapport aux dépenses actuelles, et non pas en intégrant une moindre augmentation future. C’est en effet le biais classique de tous les politiques : ils considèrent qu’augmenter moins, c’est déjà économiser ! Et lorsque l’inflation imaginée n’est pas au rendez-vous, les économies non plus. Voir par exemple les déboires du gouvernement actuel, et les explications de notre Ministre du Budget, Michel Sapin, qui vient d’expliquer que la faute ne venait pas des décisions prises, mais de l’absence d’inflation…
Alors quelles sont les différences entre nos propositions et celles de François Fillon et pourquoi nous pouvons affirmer qu’elles sont non seulement nécessaires, mais crédibles ?
Une convergence forte pour commencer : la proposition de passer à deux niveaux de collectivités territoriales par fusion des départements avec les régions, et des communes avec les intercommunalités. Dommage simplement qu’il passe sous silence, l’idée de laisser aux nouvelles régions le soin de définir là où elles auront besoin de structures locales de proximité. Pas un mot non plus sur la reprise des travaux de Jean-Christophe Fromantin montrant l’intérêt de passer à 8 Régions. Mais il est vrai que Fromantin est à l’UDI…
Comment donc résumer notre différence d’approche ? Pour prendre une image, je dirais qu’il en reste à la lampe à incandescence, alors que nous passons au LED : une lumière plus claire, plus naturelle et qui consomme beaucoup moins de courant ! Oui, c’est bien une refondation que nous proposons, alors que, s’il en parle, ses recommandations restent dans les anciens paradigmes.
Quelques exemples.
D’abord le paritarisme, sur lequel il ne dit pas un mot. Or c’est bien son omniprésence, tant dans la santé, que l’emploi ou la formation professionnelle, qui entrave les évolutions et interdit de passer à une gestion réellement efficace. Nous Citoyens, lui, affirme clairement qu’il faut sortir du paritarisme dans la gestion.
Autre sujet. A juste titre, François Fillon met l’accent sur la nécessité de mieux contrôler le niveau de dépenses des collectivités locales. Mais à partir de cette analyse juste, il n’en tire pas toutes les conclusions, et ne propose pas une refonte de la fiscalité locale. Nous Citoyens propose, lui, d’aller vers un système inspiré de ce qui existe en Allemagne où l’autonomie fiscale des collectivités locales est beaucoup plus réduite, l’État assurant l’essentiel de la collecte  fiscale pour tous les acteurs. On aboutit alors au tandem vertueux : plus de centralisation dans la collecte de l’impôt pour mieux contrôler le niveau de prélèvement, plus de décentralisation dans l’action pour dépenser plus efficacement.
Rien aussi sur la refonte de l’Éducation Nationale – Nous Citoyens propose une décentralisation forte avec un pilotage au niveau régional et une gestion au niveau communal–  ou sur le contrôle citoyen. A-t-il peur de voir les politiques être dessaisis de leur omnipotence ?
Dernière différence majeure : forts de notre expérience de la conduite du changement, nous pensons la transformation comme un sujet en soi. Quelle structure mettre en place, quels processus, quel phasage dans le temps pour permettre à la refondation de se faire ? François Fillon se contente de parler d’un référendum initial, mais ne dit rien du reste.
En conclusion, Monsieur Fillon, vous allez dans la bonne direction, mais soyez plus ambitieux ! Une question aussi : pourquoi, en admettant qu’il affirme vouloir plus loin, croire qu’il va faire ce qu’il dit ? Rien dans son passé, ni dans celui de l’UMP ne plaide en sa faveur…

6 oct. 2014

DES SYSTÈMES COLLECTIFS À REBÂTIR

Big Data II (5)
Dans sa nouvelle « Funes ou la mémoire », Jorge Luis Borges montrait que, sans la capacité d’oublier, la vie devenait impossible.
« En effet, non seulement Funes se rappelait chaque feuille de chaque arbre de chaque bois, mais chacune des fois qu'il l'avait vue ou imaginée. (…) Non seulement il lui était difficile de comprendre que le symbole générique chien embrassât tant d'individus dissemblables et de formes diverses; cela le gênait que le chien de trois heures quatorze (vu de profil) eût le même nom que le chien de trois heures un quart (vu de face). (…) Il avait appris sans effort l'anglais, le français, le portugais, le latin. Je soupçonne cependant qu'il n'était pas très capable de penser. Penser c'est oublier des différences, c'est généraliser, abstraire. Dans le monde surchargé de Funes il n'y avait que des détails, presque immédiats. »
Avec le Big Data, nous risquons de perdre le droit à l’oubli. C’est déjà en débat avec Facebook et Google. Mais quand demain, les lieux où seront archivés tous nos actes seront multiples, comme le garantir ?
Un sujet de plus pour les comités éthiques…
Faut-il au nom de tout cela enrayer l’avènement du Big Data ?
Certainement pas ! Mais comme la mondialisation des activités économiques a mis à mal nos organisations politiques, le Big Data va mettre à mal nos systèmes éthiques et de protection individuelle.
Il devient donc urgent de bâtir des réponses à ces deux défis qui vont aller de plus en plus de pair !

3 oct. 2014

PERSPECTIVES

Lâcher prise
M’asseoir sur un banc, être là, juste là,
Face à rien, au temps qui passe, à l’eau immobile.

Ne plus penser, ne plus agir, respirer à peine,
Me dissoudre, me fondre, me supprimer.

Me ressourcer doucement, lentement, sans but,
Laisser la perspective à laquelle je fais face, devenir mienne.

Puis repartir plus fort, plus solide, plus déterminé,
Avoir digéré ce rien croisé par hasard…

2 oct. 2014

ANTICIPER OU SUBIR ?

Big Data II (4)
Les problèmes liés à la vie privée ne vont pas porter que sur les droits d’utilisation de nos données, ainsi que de leur utilisation. Ils vont aussi être liés à une autre menace : si une analyse de mes données montre que je vais très probablement commettre un acte délictueux, faut-il ou non agir ?
C’était le thème central du film Minority Report de Steven Spielberg où l’on arrête quelqu’un, non pas parce qu’il a commis un délit, mais parce qu’il allait le commettre.
Ce qui n’était que de la science fiction, n’en sera bientôt plus : nous n’aurons pas besoin comme dans le film de femmes mutantes capables de prévoir le futur, nous aurons des analyses de données qui nous le permettront.
Alors que faire ?
« Si grâce au Big Data, nous prévoyons qui pourrait commettre un crime à venir, nous pourrons ne pas nous contenter de simplement empêcher le crime d’arriver. Nous serons enclins à vouloir punir aussi son auteur probable. C’est simplement logique. Si nous nous contentons d’intervenir pour interdire à l’acte illicite d’avoir lieu, son auteur potentiel pourrait essayer à nouveau en toute impunité. A l’opposé, en utilisant le Big Data pour le tenir responsable de ses (futurs) actes, nous pouvons le dissuader lui et d’autres. (…) De telles mesures préventives restreignent notre liberté, mais beaucoup les verront comme un petit prix à payer pour éviter en retour des dommages plus graves. Dans de nombreux cas, l’analyse des données est déjà utilisée au nom de la prévention. (…) La promesse du Big Data est que nous faisons depuis longtemps – profilage – mais beaucoup mieux, de façon moins discriminatoire, et plus individualisée. Cela semble acceptable si nous utilisons les prévisions Big Data pour empêcher des actions non voulus. Mais cela devient plus dangereux si nous utilisons des prévisions Big Data pour décider si quelqu’un est coupable et doit être puni de ce qui n’est pas encore arrivé. »
Vaste débat qu’il va falloir trancher. Les comités éthiques ont du travail sur la planche…

 (à suivre)
 
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